Nouadhibou

Nouadhibou est un de ces endroits fascinants où l'on n"est même pas surpris quand on voit une énorme carte du monde des années soixante-dix, en russe, accrochée au mur d'un bureau de change. Ici, le passé est condensé dans le présent et le présent ne parvient pas à être réalité. Tout est fluide. Ce sont des mondes qui coexistent dans une incessante perméabilité, comme les bateaux qui vont et viennent. La pancarte à l'entrée du Puerto Pesquero Artisanal est claire. Pas de photos. Ce n"est pas sûrement pas dans le but d'atténuer ton obsession de tout vouloir prendre en photo. Finalement, on est reconnaissant pour cela. c'est comme vivre une expérience inoubliable qu"aucune photo ne mérite.
Une certaine timidité nous enveloppe lorsque nous parcourons les rues. Je fixe mon regard sur les corps sveltes des hommes, dont les boubous bleus et blancs resplendissent. La voix monotone du muezzin est comme le vent qui traverserait les espaces en laissant des traces et reviendrait sans cesse les redessiner. c'est une voix qui frappe et qui invite à se contenir. Une des cinq mosquées se trouve à quelques pas de la maison oú nous logeons. Assis sur la terrasse, nous laissons nos perceptions se dissoudrent dans la poussière de la rue. Je suis émue par l'arrivée sans avoir la sensation d'être arrivé à la fin. Je ne ressens pas le besoin de terminer quoi que ce soit.
Nouadhibou est aussi le port qui part vers l'océan du désert. Demain, nous mettons les voiles. Nous sommes dans l'attente du monstre, le train qui nous emmenera vers les entrailles du désert, aux mines de Zouerate.
Les rues de Nouadhibou
Nous allons à la ville de Nouadhibou. Je regarde autour de moi. A droite, il y a la baie, éclaboussée par la ferraille navale. Plus de 150. Certains gisent dans les fonds marins, d'autres font irruption à la surface. On ne pourra plus jamais les remettre à la mer. On ne pourra plus jamais les utiliser. Fruit de l'hypocrisie de supposés accords bilatéraux de pêche: accords dont seulement certaines personnes peuvent bénéficier. Ce sont ces mêmes personnes qui s"éloignent de leur propre merde et laissent les autres se charger d'elle.
La visite de rigueur de tout occidental aisé qui passe par Nouadhibou: Le Centre de Pêche Sportive. Endroit ridicule dont le restaurant est témoin de l'entassement des cahiers relatant les exploits glorieux du passé. Des yeux idiots, emplis d'un putain de bonheur nous regardent. Ce sont les images de ceux qui ont attrapé le plus gros poisson. Derrière ces pages, il y a l'esclavage, la misère et le mépris.
Nous revenons à notre terrasse. Le chant du muezzin reprend sa séquence que par un instant nous arrêtons d'entendre. Le vent fronce les boubous de la blanchisserie devant nous. Il apporte le parfum du savon. Nous prenons le bissau doux et intense, thiouraye parfume la pièce, les chèvres s"étranglent avec les sacs en plastique qui revêtent tous les espaces de la ville.
L"autre côté de la rue.
Un des petits magasins du quartier.
Ces falaises occupent la partie intérieure du bras de mer, où se trouve Nouadhibou.
Des gens sur le rivage. La lumière fait mal aux yeux!


















